Bi Luo Shun

Petite gâterie aujourd’hui avec mon thé vert de Chine favori : le Bi Luo Chun (également transcrit Pi Lo Shun). Ces petites feuilles torsadées, pelucheuses, passant par toutes les nuances du vert jade, est un grand classique des montagnes Dong Ding (ou Tung Ting) de la région de Jiangsi, également renommées pour leur oolong homonyme. Les légendes abondent dans ce terroir ancien : le bi luo shun serait né des larmes d’une jeune fille pour son amoureux tué par le dragon auquel elle était promise.

Même si l’une des joies du thé est de nous faire rêver, il faut surtout retenir que le territoire où est cultivé ce thé regorge également d’arbres fruitiers. Ajoutez à cela les brumes qui s’accrochent naturellement aux flancs des montagnes, et vous obtiendrez un environnement idéalement parfumé au printemps, quand les feuilles de thé sont récoltées. En tasse, on peut logiquement en attendre douceur et saveurs fruitées.

Pour varier les plaisirs, nous allons comparer deux bi luo shun : l’un récolté frais de l’année (printemps 2015), l’autre déjà vieux de 2012 mais conservé dans une boîte en fer-blanc à double couvercle. La première infusion est réalisée avec 2g pour 15cL et une eau faiblement minéralisée à 80°C pendant 1’30” pour le 2015 et 2’00 pour le 2012.

La robe de la version 2015 est d’un vert jade soutenu mais cristallin, tandis que celle de la version 2012 est or pâle assez mat. Le nez végétal et incisif de l’une, rappelant le concombre et la citronnelle, offre un contraste immédiat avec le parfum de l’autre, plus rond, tirant vers la rhubarbe et la pêche.

En bouche, le 2015 ne possède aucune astringence et une très faible amertume qui renvoie effectivement au concombre, avec une note de menthe qui se retrouve également dans la rémanence fraîche et sucrée. Dans l’ensemble, un beau volume où les saveurs se déploient avec un équilibre franc, et une texture présente pour soutenir l’effet sans le surpasser. Le 2012 montre une légère astringence avec un volume plus fragile quoique bien déployé ; mais ce qu’il a perdu en corps, il le compense en longueur sucrée qui développe une pointe d’amertume après plusieurs minutes.

La seconde infusion reprend les mêmes paramètres avec 2’00 pour le 2015 et 2’30” pour le 2012. Le plus frais devient plus profond, à la fois sucré et légèrement amer, qui n’est pas sans rappeler une pinède après la pluie. L’ancien prend une teinte décidément minérale et maritime avec des notes d’algue, et conserve le même degré modeste d’astringence.

Le point qu’il faut souligner ici est que ce thé vert de Chine est aussi intéressant fraîchement récolté qu’après un temps de garde. La première récolte est plus prisée pour la clarté de ses parfums et saveurs, mais cela n’enlève rien aux qualités différentes des feuilles plus anciennes que l’on prendra le temps de déguster au fil des mois voire des années. Il ne s’agit cependant pas d’attendre que le 2015 vieillisse, car chaque thé est transformé dans un but précis : une première récolte est faite pour être consommée dans les 3 à 6 mois, mais les récoltes printanières suivantes sont faites pour conserver leurs qualités au minimum sur l’année.

Lauren PASCAULT
Lauren PASCAULT
Passionnée de thé et formatrice.