Faut-il diaboliser le thé en sachet ?

Le thé présenté en sachets individuels suscite instinctivement des réactions peu flatteuses : au mieux une indifférence assumée pour le produit au profit de l’emballage pratique, au pire un refus catégorique teinté de suspicion voire de dégoût. Alors que les fameux petits sachets jaunes étaient omniprésents il y a quelques années à peine, ils ont subi une diabolisation qui a éclaboussé tous leurs cousins emballés.

En cause, les industriels indélicats qui rempliss(ai)ent les mousselines de poussière de thé, c’est-à-dire des résidus de feuilles de thé ramassés dans les machines trieuses. Sans aller jusque-là, il est certain que pour répondre à la production d’un produit de masse à un prix abordable pour le consommateur, le thé utilisé relève de la plus basse qualité possible, sans égard pour la récolte ou l’origine. Broyé, mélangé, parfumé, le thé en sachet a acquis une mauvaise réputation tenace à l’opposé des préoccupations de manger sain, traçable, local…

Pourtant, le sachet individuel n’avait à l’origine aucun rapport avec une vision bas-de-gamme du thé. Au contraire, les petites bourses en mousseline étaient conçues par les importateurs en thé comme un moyen pratique mais aussi valorisant pour présenter leur produit à leurs clients potentiels (les grossistes et distributeurs).

Au tournant du XXe siècle (1901-1908), deux Américaines déposèrent un brevet pour un “porte-feuilles de thé” spécifiquement dosé pour une tasse, tandis que l’importateur Thomas Sullivan découvrait que ses clients mettaient ses échantillons directement dans l’eau chaude. Quoique la pater- ou maternité du sachet soit toujours débattue, il s’en est suivi un effort constant pour améliorer les conditions d’infusion : la gaze au maillage plus lâche remplace la soie pour mieux laisser passer l’eau, et Lipton imprime les instructions d’infusion sur l’étiquette au bout de la ficelle ; au milieu des années 1950, c’est même l’importateur français Dammann qui brevète le sachet thermocollé en Nylon, plus rigide pour ne pas étouffer les feuilles, transparent pour montrer l’aspect de celle-ci. Ces évolutions donnent déjà quelques pistes pour évaluer un sachet de thé.

Alors, le sachet de thé est-il bon ou mauvais ? C’est à vous d’en juger à l’aide des critères suivants :

Au niveau du contenu (le thé) :

– est-il visible ?

– s’agit-il de morceaux de feuilles ou de brisures ?

– dans le cas d’un thé parfumé, voit-on des morceaux de fruits ?

Au niveau du contenant (le sachet) :

– le matériau a-t-il été blanchi ? (souvent le cas du coton, malgré sa réputation naturelle)

– la fermeture du sachet s’est-elle faite avec de la colle ou par soudure ?

– le sachet laisse-t-il assez d’espace aux feuilles pour se développer et à l’eau pour circuler ?

Au niveau de la marque :

– l’enseigne remplit-elle elle-même ses sachets ?

– l’enseigne achète-t-elle elle-même le thé ?

En ne faisant pas son marché chez plusieurs fournisseurs et en contrôlant la fabrication, la parole de la maison de thé est crédible.

A présent, libre à vous de choisir votre thé en vrac ou en sachets selon votre routine.

Si vous optez pour le confort des sachets, je vous recommande d’aller jusqu’au bout de la logique en optant pour une présentation emballée individuellement (avec un opercule à déchirer pour accéder à chaque sachet) : quitte à payer un supplément, autant que celui-ci vous permette d’isoler le thé de la lumière, de l’humidité et des odeurs.

Lauren PASCAULT
Lauren PASCAULT
Passionnée de thé et formatrice.