Milky Oolong

Un thé d’origine très à la mode en ce moment est un oolong d’altitude de Taïwan, plébiscité pour son goût lacté qui rappelle les tartines du matin. Et comme tous les succès, il a été imité voire falsifié. La dégustation d’aujourd’hui va s’amuser à confronter le “vrai” au “faux”. A l’origine, le Milky (ou Milk) oolong renvoie de façon familière à une variété cultivée nommée Jin Xuan, développée à Taïwan et cultivée à plus de 1500m — d’où son appellation aussi de “High Mountain”. Sa texture crémeuse, douce et sucrée en a vite fait le chouchou des acheteurs et des producteurs : planté ici et là, le Jin Xuan se retrouve parfois cultivé en plus basse altitude, ou sur des terrains qui ne correspondent pas nécessairement à ce pour quoi il a été conçu. En conséquence de quoi, la qualité “lactée” du oolong varie énormément alors même que, grâce à sa notoriété, le consommateur associe directement (bien qu’à tort) Jin Xuan avec High Mountain avec Milky. Pour pallier cette inconstance, les fournisseurs ont eu l’idée de copier l’effet lacté à moindre coût en parfumant un oolong sans particularité. Le consensus aujourd’hui entend donc généralement (et tacitement) qu’un oolong appelé Milky est parfumé, entre 10-15€ les 100g, tandis qu’un Jin Xuan d’altitude est clairement nommé et commencera à 30€ les 100g. Cette distinction est importante pour savoir de ce que l’on achète et à quel prix, mais cela ne signifie pas que l’un est meilleur que l’autre : tout dépend de ce que l’on attend, et nous allons le voir précisément à l’infusion. Le High Mountain Jin Xuan et le Milky Oolong choisis proviennent de deux maisons de thé différentes. Deux remarques sur le Milky : la marque indique qu’il provient du Fujian en Chine : soit il ne s’agit pas du même cultivar, soit le cultivar a été exporté mais le terroir n’est pas le sien. Et il est catégorisé dans les thés nature, ce que corrobore le prix. Comparons. Les feuilles sèches possèdent pour les deux une odeur fine et vanillée, un peu plus riche et caramélisée pour le Milky, un peu plus florale (chèvrefeuille, freesia) pour le Jin Xuan. Chauffées, le caractère végétal du oolong faiblement oxydé ressort en arrière-plan mais sans distinction véritable. Nous réalisons trois infusions successives avec les mêmes paramètres : 3min à 80°C. Cela permet de laisser le thé s’exprimer sans chercher trop de finesse et en assurant l’égalité de l’évolution. Premier constat : l’aspect des feuilles. Une fois complètement déployées au bout des infusions, les feuilles du Jin Xuan apparaissent mieux préservées et plus nombreuses par bille, tandis que celles du Milky sont plus fines et déchiquetées sur les bords. Second constat : les deux thés suivent une évolution similaire d’infusion en infusion. L’effet lacté est bien intense et emplit la bouche la première fois, puis s’affadit progressivement. Une différence cependant : alors que le Jin Xuan glisse du lacté vers le floral puis le végétal dans la continuité, le végétal du Milky s’impose peu à peu par-dessus un lacté faiblissant, mais sans unité d’ensemble. Troisième constat : l’odeur des feuilles infusées. Dès la première infusion, le parfum de feuilles de thé devient entêtant voire agressif. Le Jin Xuan exhale une puissante
note verte qui rafraîchit le vanillé ; le Milky, au contraire, renvoie un mélange confus et désagréable de feuilles entamant leur fermentation et de lait chaud. Conclusion : pour le même prix, le Milky est plus satisfaisant si l’on cherche en priorité l’effet lacté, d’autant que sa durée de vie est honnête. Mais compte tenu de son évolution sans transition, du parfum incongru des feuilles infusées, et enfin du bord déchiqueté de celles-ci (passage dans une machine à tambour ?), nous penchons pour l’hypothèse qu’il s’agit en réalité d’un thé parfumé pour lequel le prix devient hors de propos. Moins typique mais plus authentique et plus cohérent, le Jin Xuan aura notre préférence.

Lauren PASCAULT
Lauren PASCAULT
Passionnée de thé et formatrice.